Lauréats 2017

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Lydia HADJ-AHMED

Etre enfant pendant la guerre d’indépendance algérienne (1954-1962)

Agrégée d’histoire et étudiante à l’École Normale Supérieure, Lydia Hadj-Ahmed a consacré son mémoire de Master 2 au quotidien des civils dans deux villages de Grande-Kabylie pendant la guerre d’Algérie, la "guerre d’indépendance". Elle souhaite poursuivre ce travail à l’université de Rouen en consacrant sa thèse au vécu des enfants durant la guerre, grâce à un recueil d’entretiens oraux à mener assez rapidement, les témoins directs de la guerre s’éteignant peu à peu.

Son travail sera organisé autour de trois problématiques :

  1. La compréhension de ce qu’est un enfant "musulman" dans l’Algérie coloniale des années 1950, tout d’abord : son identité "indigène" est-elle comparable à celle de ses parents ?
  2. Le vécu concret de la guerre par les enfants, ensuite : quelle part y ont-ils pris, quelle était la situation des enfants dans des familles aux pères ou aux frères absents ?
  3. Et enfin, la représentation de la guerre par les enfants : en quoi diffère-t-elle de celle de leurs aînés ? Varie-t-elle selon le sexe ?

Son objectif est de "renouveler l’historiographie de l’enfance en guerre", une discipline apparue dans les années 1990, en se plaçant du point de vue de l’enfant lui-même et de la spécificité de son regard, et ce, sur un terrain peu exploré – celui des colonies. Cela implique notamment de s’intéresser aux stratégies d’adaptation des enfants, considérés "comme des acteurs à part entière et non simplement comme des victimes passives".

Marie COURTAUX

Donner la vie et risquer la mort : impact de l’Hémorragie du Post-Partum (HPP) sur le devenir mère

Psychologue clinicienne, Marie Courtaux réalise une thèse à l’université Paris-Descartes, intitulée "Donner la vie et risquer la mort : impact de l’hémorragie du post-partum (HPP) sur le devenir mère".

Principale cause de mortalité maternelle (16%), l’HPP est aussi la plus évitable (80%). En France, selon l’Inserm, se produit 1,6 décès maternel pour 100 000 naissances vivantes, soit 13 femmes décédées par an. Cette complication obstétricale reste redoutée par les équipes soignantes, car sa survenue est soudaine et, la plupart du temps, inattendue. Au-delà du risque de mortalité maternelle, il existe aussi un risque d’hystérectomie qui condamne la fertilité de la femme.

Il existe pourtant peu d’études sur le sujet. Or, lors d’une recherche quantitative portant sur l’impact psychologique de l’hémorragie de la délivrance sur les femmes, leurs conjoints et la relation parents-enfant, la psychologue Christelle Gosme – également soutenue, en 2009, par la Fondation Mustela – a réalisé, en 2011-2012, des entretiens semi-directifs qui sont demeurés inexploités. L’idée de Marie Courtaux est de revoir ces femmes six ans après l’accouchement pour un nouvel entretien et de proposer ainsi une étude longitudinale du vécu de l’HPP – angoisse de mort, séparation précoce avec le bébé – ainsi que ses conséquences sur le devenir mère.

Cette étude vise également à sensibiliser les milieux médical et de la recherche aux conséquences de cet événement obstétrical, afin d’améliorer le suivi des patientes et de leurs familles et, le cas échéant, de proposer des formations professionnelles adaptées.

Antoine BOUYEURE

Apprendre à se souvenir : amnésie infantile et maturation du circuit des structures temporales mésiales

C’est au sein d’une unité de recherche localisée à NeuroSpin, au CEA de Saclay (Essonne), la NeuroImagerie Applicative Clinique et Translationnelle (UNIACT), qu’Antoine Bouyeure débute sa thèse. Elle est consacrée aux relations entre les grandes périodes développementales de la mémoire épisodique – la forme de mémoire qui permet de se souvenir de faits ou d’événements passés – et la maturation anatomique et fonctionnelle des zones cérébrales impliquées dans le développement des capacités mnésiques. Il mobilisera pour cela des outils propres à plusieurs disciplines, neuropsychologie et neurosciences cognitives notamment.

Le développement de la mémoire épisodique suit trois grandes phases. L’amnésie infantile (2-4 ans), tout d’abord, qui désigne la disparition ultérieure des souvenirs formés avant ces âges-là. L’amnésie de l’enfance (4-10 ans), ensuite, c’est-à-dire l’oubli relatif des souvenirs formés durant cette époque. Et l’émergence puis la maturation de la mémoire épisodique, à partir de 7 ans et jusqu’à la fin de l’adolescence.

Les bases neurales de ces amnésies demeurent mal connues, sans doute parce que soumettre de très jeunes enfants à des examens de neuro-imagerie reste compliqué, même dans le cadre d’un projet de recherche. Or Antoine Bouyeure possède déjà une expérience dans ce domaine et bénéficie de l’accès à un scanner de pointe, à Neurospin. Il pourra donc associer, pour sa recherche, des données d’IRM anatomique et d’IRM fonctionnelle de repos, outre des mesures comportementales des compétences en mémoire épisodique des jeunes enfants.