Entretien avec Sylvie VIAUX-SAVELON

Sylvie VIAUX-SAVELON

16 décembre, 2011

C’est durant un stage au Togo que j’ai observé pour la première fois l’incapacité de certaines mères à allaiter leur enfant, au risque d’une dénutrition. J’ai ainsi pris conscience du fait que les troubles des liens mère-enfant en post-partum sont susceptibles de se produire partout. A cette occasion est né mon intérêt pour la prévention précoce, que j’ai ensuite appliqué au terrain de la surveillance prénatale.
 
Utile mais anxiogène
 
En France, en effet, environ 10% des femmes enceintes sans facteur de risque sont confrontées à une suspicion de malformation dans le cadre des échographies de dépistage prénatal – diagnostic non confirmé par la suite. Ces examens, utiles mais anxiogènes, altèrent les liens jusqu’après la naissance de l’enfant, même s’il est parfaitement sain. Or il n’y a aucun accompagnement psychique de ces femmes. Il faudrait par exemple développer les liens entre les équipes de soins en prénatal et en post-natal, comme je l’ai proposé dans ma thèse.
 
Je travaille aujourd’hui à la formalisation de ces résultats afin de sensibiliser les professionnels – les échographistes, notamment – aux effets possibles d’une annonce trop brutale aux familles et d’identifier les meilleurs moyens d’améliorer le dialogue entre futurs parents et professionnels.
 
 
 
Le post-natal : idéal pour la prévention
 
J’ai par ailleurs débuté une autre étude, en partenariat avec une équipe israélienne, sur « la négligence émotionnelle » de la mère, une situation difficile à prendre en charge qui peut déboucher sur le placement du nouveau-né. Nous avons proposé à ces familles une prise en charge soutenue et structurée, s’appuyant sur le vidéo feedback : les mères et leurs enfants sont filmés en situation d’interaction et dans un second temps, nous regardons ces films avec elles. Les premiers résultats sont positifs : les mèresadhèrent mieux aux soins et l’objectivation de leurs progrès et de ceux de leurs enfants les soutient autant que les professionnels.
 
 
 
La période post-natale est idéale pour déployer un dispositif de prévention précoce. Après, il faut souvent attendre que l’enfant entre à l’école, à l’âge de six ans, pour que la situation soit à nouveau reprise en charge.
 

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