Entretien avec Jade MERRER

Jade MERRER

09 février, 2017

Depuis quelques années, on assiste, en France, à l’augmentation du nombre de visites et d’examens médicaux durant la grossesse.
 
 
 
Ainsi, alors que le suivi recommandé est de sept consultations prénatales (et plus récemment une huitième consultation avant la dixième semaine d’aménorrhée) et de trois échographies obstétricales de dépistage, 45 % des femmes bénéficient d’au moins dix consultations et près de 30 % d’entre elles, de six échographies au moins, selon l’enquête nationale périnatale de 2010. Or 80 % des grossesses se déroulent de manière physiologique et ne nécessitent donc pas un suivi aussi resserré. 
 
Décrire précisément ce phénomène, c’est ce à quoi Jade Merrer, sage-femme depuis deux ans, consacre son stage de master 2 recherche en santé publique à l’université Paris-Sud, en se fondant sur les données de l’enquête périnatale de mars 2016, la seule d’ampleur nationale dans ce domaine. La surmédicalisation pose en effet plusieurs problèmes : augmentation des dépenses de santé, accessibilité difficile dans les zones sous dotées en infrastructures et angoisses inutiles chez les futurs parents confrontés à la multiplication d’examens médicaux.
 
 
 
Comment l’idée de ce sujet vous est-elle venue ?
 
Il m’a été proposé par la responsable scientifique de l’enquête périnatale, Béatrice Blondel, directrice de recherche et épidémiologiste à l’Inserm. La surmédicalisation est en effet une tendance visible depuis plusieurs années, mais qui n’a jamais été étudiée précisément en France. J’ai moi-même observé, dans la maternité de niveau 1 de Guingamp (Côtes-d’Armor) où j’ai exercé deux ans, le mésusage du système de santé, avec un excès de consultations obstétricales aux urgences et des suivis variables selon le professionnel et le type de structure.
 
 
 
Quelles hypothèses souhaitez-vous tester ?
 
Nous aimerions tout d’abord identifier le profil des patientes à bas risque avec un suivi plus intense non justifié. Par exemple, la première grossesse étant de plus en plus tardive et le niveau d’études de plus en plus élevé, est-il vrai que les femmes sont mieux informées des complications éventuelles, et donc demandeuses d’un suivi plus étroit ? Les caractéristiques socio-économiques des femmes interviennent-elles ?
 
La parité joue aussi un rôle probable, comme le décrit la littérature scientifique : les primipares bénéficient souvent de davantage de consultations que les multipares. D’ailleurs, des pays comme la Belgique ont mis en place un suivi particulier sur ce critère : dix consultations pour les primipares et sept pour les multipares.
 
Question suivante : le suivi diffère-t-il selon le professionnel (sage-femme, obstétricien ou généraliste) et le secteur de suivi (privé ou public) ? Nous supposons que les patientes à bas risque suivies par des sages-femmes (des deux sexes) sont moins exposées à la surmédicalisation de leurs grossesses, une hypothèse cohérente avec la formation de ces professionnels – orientée vers la physiologie –, leur démographie favorable et leur participation croissante au suivi prénatal.
 
 
 
Quelles leçons pratiques tirer d’une telle étude ?
 
L’objectif est d’identifier un profil de patientes à bas risque pour sensibiliser les professionnels de santé à la nécessité d’une attention particulière. Nous souhaitons aussi comprendre le rôle des professionnels de santé et de certaines filières de soins dans la surmédicalisation. Cela étant, cette recherche est une première approche descriptive du phénomène. Il faudra poursuivre les travaux sur ce sujet afin de permettre, à terme, la mise en œuvre d’actions pratiques.

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