Entretien avec Flora SCHWARTZ

Flora SCHWARTZ

03 février, 2022

Après un doctorat en neurosciences, Flora Schwartz réalise actuellement un « post-doc » à l’université de Nîmes et à l’université de Toulouse-Jean Jaurès. L’un de ses projets de recherche – récompensé d’une Bourse de Recherche de la Fondation Mustela en 2021 – est consacré à la « compréhension de la justice restaurative chez l’enfant ». Cette modalité est plus large que la justice traditionnelle, dite « rétributive » : plutôt que punir l’auteur d’une injustice, elle vise à réparer un dommage.

 

Que sait-on aujourd’hui de l’acceptation, par les enfants, de la justice dite « restaurative » ?

Il existe peu d’études de psychologie sur l’acceptation de la justice restaurative par rapport à la justice traditionnelle dite « rétributive », chez les adultes comme chez les enfants. Ces rares travaux montrent une préférence pour la justice restaurative chez le jeune enfant dans un contexte très spécifique : lorsqu’un individu vole un bien à autrui. Dans ce cas, l’enfant semble préférer la restitution du bien dérobé à la victime à la punition du coupable.

 

Au-delà, que cherchez-vous à élucider ?

Le but du projet est d’identifier dans quels contextes les enfants utilisent la punition de la personne responsable de l’injustice et/ou la compensation de la victime de l’injustice, comme manières de rendre la justice. On pourrait penser que dans certains cas, les enfants choisissent de punir le coupable et que dans d’autres cas, ils choisissent de compenser la victime, voire de recourir à la fois à la compensation et à la punition. On pourrait aussi penser que ces choix dépendent de la gravité de l’injustice, du lien entre le coupable et la victime, ou encore de l’impression laissée par ces individus. Le projet va étudier ces différents aspects par une série d’expériences en laboratoire. L’objectif est de tester à quel point les préférences peuvent changer pour un même individu selon le contexte, mais aussi à quel point ces préférences varient d’un individu à l’autre.

 

Pourquoi recourir à des enfants de 5 ans, et pas plus jeunes (ou plus âgés) ?

Pour des raisons à la fois théoriques et pratiques : en effet, les très rares études de psychologie sur la justice restaurative ont été menées chez des enfants de cet âge. Il serait donc souhaitable de reproduire les résultats de ces premières études et de les compléter. Par ailleurs, l’idéal serait de faire participer des enfants de plusieurs groupes d’âge (par exemple, entre 3 et 8 ans) pour savoir comment les préférences pour la justice restaurative ou rétributive évoluent avec l’âge. Mais cela est difficilement réalisable en pratique. Ce projet s’intéresse donc aux enfants d’âge proche.

 

Quelles tâches prévoyez-vous de leur soumettre ?

Les participants assisteront à plusieurs scénettes entre marionnettes : l’une dérobant le jouet d’une « victime », par exemple. Selon les scénettes, les caractéristiques des marionnettes changeront, comme leur statut social ou leur attitude plutôt « bienveillante » ou « malfaisante ». Le type d’injustice subie par la marionnette victime changera aussi. Après chaque scénette, l’expérimentateur demandera à l’enfant à quel point la marionnette coupable du vol doit être punie, et à quel point compenser la marionnette victime.

 

Quelles seront les applications pratiques de cette recherche ?

Cette recherche fondamentale pourrait nourrir des études interventionnelles, c’est-à-dire qui testent dans la « vraie vie » l’effet des pratiques restauratives sur le comportement des enfants, notamment les conflits entre pairs. Des études interventionnelles ont certes été déjà menées dans des établissements scolaires de plusieurs pays anglophones ainsi qu’à Hong Kong, avec des résultats peu concluants pour l’heure. Mais le faible nombre d’études, leurs limites méthodologiques et la grande variabilité entre les tests effectués limitent l’interprétation des résultats. En identifiant les contextes dans lesquels les pratiques restauratives sont acceptées ou au contraire refusées, en comprenant pourquoi certains enfants les privilégient et d’autres pas, on pourra guider au mieux de futures études interventionnelles.

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