Entretien avec Dahlia THARWAT

Dahlia THARWAT

09 décembre, 2021

Lauréate de la Bourse de Recherche en Maïeutique 2020, Dahlia Tharwat est sage-femme à la maternité du groupe hospitalier Diaconesses/Croix Saint Simon, à Paris. En décembre 2021, elle a achevé sa thèse en psychologie et neurosciences consacrée aux "mécanismes de la dépression post-natale" à l’université de Lorraine/IRBA (Institut de recherche biomédicale des Armées). Un sujet majeur de santé publique auquel les autorités sanitaires ont désormais décidé de s’attaquer.

 

Quel était le point de départ de votre thèse ?

Comme il n’existe ni protocole national, ni consensus, sur la prise en charge de la dépression post-natale (DPN), cette maladie n’est souvent même pas diagnostiquée. Les femmes enceintes en entendent rarement parler ; peu de professionnels de santé l’évoquent spontanément. Or il s’agit d’un enjeu de santé publique : le risque d’une DPN concerne 15 % à 20 % des femmes après l’accouchement – et même 40 % parmi les femmes militaires et les épouses de militaires.

 

Quel est le principal enseignement de votre recherche ?

Un résultat très intéressant : la mindfulness ou « pleine conscience » se révèle un outil protecteur contre la DPN. J’ai utilisé le questionnaire "Freiburg  Mindfulness Inventory" pour observer la disposition mindful chez les femmes enceintes et me suis ainsi rendu compte que les femmes qui ne souffraient pas de DPN avaient en général une tendance plutôt mindful. Ce résultat renforce l’idée que la méditation peut jouer un rôle protecteur pendant la grossesse vis-à-vis de la DPN, comme des exercices simples de respiration, soit les deux techniques principales de la mindfulness. En outre, la mindfulness permet aussi de réduire les dépressions, comme le montrent beaucoup d’études récemment publiées.

 

Pourquoi le recours à la réalité virtuelle dans le volet « formation » ?

Ma thèse a permis de confirmer une autre hypothèse importante : possédant des connaissances insuffisantes sur la DPN, les soignants sont volontaires pour se former. Ce constat m’a poussée à élaborer un programme de formation fondé sur l’immersion en réalité virtuelle (VR), qui permet une mise en situation au plus près de la réalité. J’ai déjà été contactée par plusieurs sages-femmes intéressées ! L’époque est propice : on parle de plus en plus de la DPN parmi les soignants et dans la population en général. Cette formation répondra donc à un réel besoin, aujourd’hui non couvert. Sans compter qu’à partir de l’an prochain, une consultation postnatale précoce, cinq semaines après l’accouchement, sera organisée avec une sage-femme ou un médecin pour un repérage précoce de la DPN.

 

Où en êtes-vous de votre projet de programme national de prévention ?

Grâce aux résultats obtenus sur la mindfulness, je m’oriente dorénavant vers un programme qui en utilise au mieux les ressources, comme des séances de respiration et/ou de méditation en groupe.

Un autre avantage de la minfulness, c’est qu’elle peut être évaluée très rapidement : le questionnaire peut être soumis à une femme en quelques minutes seulement ! Certaines personnes ont un tempérament naturellement mindful. Pour les autres – c’est une chance et un avantage de cette technique ! – il est assez simple d’acquérir une telle compétence grâce à des suivis en groupe ou un une simple application sur téléphone. La question à résoudre est donc désormais la suivante : comment proposer à grande échelle des séances de mindfulness aux femmes enceintes, ou aux jeunes mères souffrant de DPN ?

 

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