Entretien avec Charlène GUEGUEN

Charlène GUEGUEN

03 février, 2022

En 2021, la psychologue Charlène Guéguen s’est vu décerner une Bourse de Recherche pour son « postdoc » intitulé « Étude qualitative de l’expérience subjective de la maternité chez des adolescentes en Ile-de-France » à l’université de Paris. C’est une première : il n’y a pas eu, en France, d’étude qualitative sur la trajectoire des femmes devenues mères dans leur adolescence.

 

Combien de femmes sont-elles concernées en France ?

En 2019, en France, 12 000 mères avaient 20 ans ou moins, ce qui représente moins de 2% des naissances la même année dans le pays. En 2018, 680 mères étaient âgées de 16 ans, 1177 mères étaient âgées de 17 ans et 2339 mères étaient âgées de 18 ans. Cette proportion est en légère baisse depuis une trentaine d’années après avoir fortement diminué dans les années 1970 et 1980, conséquence des lois autorisant la contraception médicalisée puis l’avortement. D’ailleurs, le discours public sur la question des grossesses précoces reste massivement associé aux thématiques de la contraception et de l’IVG, laissant de côté la réalité du vécu de ces mères mineures et des besoins d’accompagnement qui en découlent.

 

À quels risques sont confrontés les très jeunes mères et leurs enfants ?
Multiples sur le plan de la protection de l’enfance, les enjeux se déploient sur un double versant. D’une part, celui des adolescentes qui deviennent mères, avec des risques psychopathologiques (dépression, addictions) ; sociaux (décrochage scolaire, insertions professionnelles plus difficiles, ruptures familiales) et médicaux (rupture des soins, grossesses non suivies). D’autre part, celui de leurs enfants, avec la vulnérabilité des premiers liens mère-enfants et une fréquence accrue des troubles psychopathologiques. Les études conduites sur ces divers facteurs de vulnérabilité révèlent le manque de prises en charge spécifiques.

 

Quels sont les objectifs de votre recherche ?
Cette recherche vise à comprendre les processus psychodynamiques à l’œuvre chez la jeune mère et à évaluer la qualité de la relation mère-bébé dans le cas d’une maternité adolescente, afin de mettre en œuvre des outils de prévention et de protection de l’enfance adaptés. Nous nous intéresserons notamment à l’entourage et la qualité de l’environnement, y compris la possibilité des prises en charge médicales et sociales de la mère et l’enfant.

 

Quelle méthodologie suivez-vous ?

Il s’agit d’une étude exploratoire sur un sujet novateur. Nous faisons donc appel à une méthodologie qualitative, avec des entretiens semi-directifs sur le vécu subjectif de la maternité chez les adolescentes durant la grossesse et jusqu’aux deux ans de l’enfant. Nous pourrons ainsi retracer le vécu rétrospectif de la mère, la façon dont elle déploie le récit de sa grossesse et des premiers mois en tant que mère, ainsi que son vécu actuel.

La qualité des interactions sera quant à elle étudiée grâce à l’observation filmée d’un temps de jeu, selon la grille du « Coding Interactive Behavior ». À présent largement utilisé dans la littérature internationale, ce système de cotation de l’interaction parent-enfant a été mis au point par l’équipe israélienne de Ruth Feldman (1998). Il permet de dresser un profil des interactions précoces pour des enfants de 2 à 36 mois.

 

Quelles pourraient être les implications pratiques de votre recherche ?
En termes thérapeutiques, il s’agit de perfectionner la prise en charge des mères et de leur bébé dans le contexte d’une maternité précoce et de déterminer les besoins de prise en charge psychologique et sociale de ces dyades. Cette recherche permettra d’améliorer les pratiques professionnelles et institutionnelles : nous cherchons à mettre en avant les spécificités du vécu subjectif de la maternité pendant l’adolescence et les facteurs de vulnérabilité qui l’accompagnent.

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