Entretien avec Aurélie RACIOPPI

Aurélie RACIOPPI

16 décembre, 2019

Sage-femme à l’hôpital Necker-Enfants malades, Aurélie Racioppi prépare une thèse en sociologie de la santé (université Paris-Diderot) sur les interruptions de suivi dans la prise en charge du diabète gestationnel.

 

En quoi le diabète gestationnel constitue-t-il un indicateur intéressant en santé publique ?

Le diabète gestationnel permet d’aborder plusieurs dimensions biologiques et sociales dans l’apparition et le traitement d’une pathologie. Cela est d’autant plus précieux que le diabète gestationnel peut être un signe précurseur d’un diabète chronique à long terme.

 

Certains groupes de femmes sont plus exposés que d’autres au diabète gestationnel : lesquels ?

Ma recherche ne permet pas de répondre à cette question, du moins pas de façon exhaustive : je n’aborde que la manière dont se noue la relation de soin avec certains groupes sociaux dans la prise en charge du diabète gestationnel. Il peut s’agir d’un dépistage accru pour certains groupes – et donc d’une prévalence plus grande parmi ces groupes – mais aussi d’une qualité de soins variable, avec certains groupes moins bien soignés, donc plus affectés.

 

De quelle manière le groupe ethnique et la classe sociale influencent-ils le suivi du diabète gestationnel ?

Dans une perspective sociologique, c’est sur le versant subjectif qu’il est intéressant d’aborder ces deux critères : en tant que catégorie perçue, et qui modifie éventuellement les pratiques des professionnelles et les comportements des femmes soignées.

La manière dont les soignantes de maternité perçoivent l’appartenance ethnique est sous-tendue par des représentations culturelles, lesquelles se croisent avec leur perception du statut social des patientes. Cela peut les conduire à anticiper des comportements qu’elles estiment propres à un groupe, en termes d’observance par exemple. Ainsi, une femme perçue comme maghrébine et d’un milieu social défavorisé sera fréquemment appréhendée comme ayant une alimentation et un comportement inadéquats dans le cadre d’un diabète gestationnel. Cela peut conduire les professionnelles à nier sa capacité à agir sur la maladie. De son côté, la femme en question peut procéder à des stratégies d’évitement, en se censurant et/ou en dissimulant la vérité.

 

Quelles hypothèses formulez-vous quant au choix – ou au refus – des femmes enceintes diabétiques de suivre un traitement ?

Pour les femmes interrogées dans le cadre de cette thèse, se dessinent des représentations de la maladie parfois différentes de celles des soignantes : par conséquent, leur degré d’inquiétude diffère et, en outre, ne se focalise pas sur les mêmes points qu’elles. Cette inquiétude varie aussi d’une grossesse à l’autre et d’un moment de la grossesse à un autre, ainsi que selon le contexte de vie : difficultés économiques notamment, mais pas seulement. Ainsi, des femmes de milieux sociaux favorisés m’ont rapporté des difficultés d’observance liées au travail, à un déménagement, à la fatigue d’un premier enfant, aux troubles digestifs entraînés par la grossesse. L’alimentation, de manière générale, est un vaste sujet ! L’observance est donc un phénomène dynamique et étroitement lié aux différentes dimensions de la vie des femmes.

 

Comment améliorer le suivi du diabète gestationnel ?

Ce suivi nécessite une adaptation la plus individualisée possible, et donc des moyens institutionnels. L’application numérique constitue une bonne option lorsqu’elle est accessible, mais certaines femmes ont besoin de s’exprimer oralement, disent-elles, pour dissiper certains doutes. L’idéal serait de pouvoir combiner les deux types de modalités en laissant le choix aux femmes de se servir de l’application et/ou de venir en consultation. Cela semble difficile à mettre en place, mais en définitive cela ne concernerait pas la majorité des femmes.

Une des premières choses à mettre en place, à mon sens, est un système d’interprétariat efficace… et pas seulement pour le diabète de grossesse.

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