Entretien avec Anne-Sophie POLLET

Anne-Sophie POLLET

16 décembre, 2019

L’enseignante en maïeutique Anne-Sophie Pollet consacre sa thèse (université de Montpellier) à la transformation du suivi prénatal par les sages-femmes face à la multiplication des discours sur le risque.

 

Quels risques les sages-femmes doivent-elles prendre en compte dans le suivi des femmes enceintes ?

Les risques et facteurs de risques sont multiples : intrinsèques (antécédents personnels des patientes) ou extrinsèques, à la fois liés à l’environnement (alimentation par exemple), mais aussi aux comportements des individus (consommation de tabac, d’alcool). La contrainte temps imposée par l’institution hospitalière, associée à l’abondance des risques et facteurs de risque qu’il convient d’aborder selon les recommandations pour la pratique clinique ou les protocoles de service, peut aboutir à des situations où le professionnel de santé énumère des risques sans attendre que la patiente réponde. Par ailleurs, le risque psychosocial est fréquemment mis en avant par les sages-femmes interrogées, faisant écho à la « sanitarisation » du social, énoncée par Didier Fassin [anthropologue, sociologue et médecin] en 2008.

 

Comment les sages-femmes ont-elles intégré les discours de risque dans le suivi prénatal ?

L’analyse approfondie de mon corpus de données est en cours. Néanmoins, une première hypothèse se distingue : l’intégration des discours sur le risque par les sages-femmes se traduit par des pratiques rationalisées, conformément aux objectifs d’identification des risques des recommandations pour la pratique clinique. Ainsi, la surveillance biomédicale apparaît ancrée dans leurs pratiques et se trouve « naturalisée ».

 

Comment leurs pratiques ont-elles évolué depuis les années 1970 ?

Il m’est difficile de répondre à cette question, car la pratique du suivi prénatal par les sages-femmes, dans sa globalité, est assez récente – rappelons que ce n’est que depuis 2004 que les sages-femmes peuvent réaliser la déclaration de grossesse. Il convient de parler davantage de transformation des pratiques. Certaines sages-femmes interviewées soulignent qu’auparavant, le suivi prénatal se limitait à la préparation à la naissance. La surveillance clinique et biomédicale est désormais intégrée à la pratique de certaines sages-femmes – et en l’occurrence, c’est le cas pour celles qui ont participé à l’étude. L’appropriation de cette médicalisation de la grossesse apparaît comme un moyen d’asseoir la légitimité médicale de la profession de sage-femme.

 

Les femmes enceintes sont-elles encouragées à jouer un rôle actif dans la prise en charge ?

L’analyse précise des données n’étant pas achevé, je ne peux répondre de façon formelle. Néanmoins, l’empowerment d’une femme enceinte semble dépendre des représentations que celle-ci a de la grossesse et de sa surveillance, mais aussi de la relation qui se crée avec la sage-femme. Cette relation semble différente selon le mode d’exercice : hospitalier, libéral ou encore territorial.

 

Quelles améliorations pratiques dans le suivi prénatal peut-on attendre de votre recherche ?

Ma recherche n’a pas la prétention d’améliorer les pratiques. En revanche, elle cherche à analyser la mise en œuvre des politiques de santé en périnatalité par ces acteurs de terrain que sont les sages-femmes, durant la période prénatale.

Je souhaite que mon travail participe, certes, à la réflexion sur les pratiques des sages-femmes mais qu’il permette aussi plus largement de s’interroger sur les politiques de prise en charge des femmes enceintes, qui reposent sur la technicisation et la (sur)médicalisation, même si leur grossesse est dite « à bas risque », c’est-à-dire physiologique.

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