Entretien avec Anne-Sophie GIRAUD

Anne-Sophie GIRAUD

20 novembre, 2018

Au croisement de deux phénomènes majeurs – les métamorphoses de la parenté et le développement de nouvelles technologies de la reproduction – d’importantes mutations se produisent aujourd’hui dans le statut et les représentations du fœtus et de l’embryon ainsi que dans le statut de parent.
 
Pour mieux les décrire – ce qui est l’objet de ma thèse – je m’appuie sur deux expériences humaines : le deuil périnatal et l’assistance médicale à la procréation (AMP).
 
 
Deuil périnatal et AMP
 
Cette recherche s’inscrit dans le prolongement de mon Master 2, que j’ai consacré aux transformations de la mort périnatale depuis les années 1980 et 1990, et qui se traduisent par une « personnification » du fœtus mort (il est prénommé, vêtu, présenté aux parents). Pour rappel, les fœtus morts âgés de 22 à 14 semaines d’aménorrhée – date limite légale de l’avortement en France – peuvent, depuis 2008, être inscrits sur les registres d’état civil et les livrets de famille. J’exploite en outre une soixantaine d’entretiens réalisés avec des professionnels de l’AMP, ainsi que 40 entretiens et près de 1400 questionnaires distribués à des patient(e)s.
 
 
Analyse relationnelle
 
J’emploie une méthode d’analyse dite « relationnelle ». Autrement dit, j’étudie la manière dont l’embryon et le fœtus sont socialement institués à travers un ensemble de statuts relationnels, en particulier ceux qui les placent (ou non) dans le système de parenté. Cette analyse relationnelle est essentielle pour appréhender la « condition fœtale » dans nos sociétés aujourd'hui, l’être prénatal oscillant sans cesse entre deux statuts : simple matériau organique et enfant potentiel.
 
Ce faisant, ils remettent en cause l’alternative juridique classique entre choses et personnes. Appartiennent-ils à la première ou la seconde de ces catégories ? En réalité – c’est du moins mon hypothèse – il s’agit des deux pôles d’un même dilemme, engageant non pas l’embryon et le fœtus « isolés », mais bien la (les) relation(s) que d’autres personnes peuvent ou pourraient entretenir avec eux.

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