Lauréats 2016

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Anne DE TRUCHIS

Mieux accompagner les mères en grande difficulté sociale

Mieux accompagner les mères en grande difficulté sociale, tel est le projet de l’équipe emmenée par Anne de Truchis, pédiatre au service de soins en périnatalité de l’hôpital du Vésinet, dans les Yvelines. Une prise en charge complète assurée par les médecins généralistes, les gynécologues, les sages-femmes et les psychiatres y est proposée aux femmes enceintes, puis, après la naissance, aux mères avec leur bébé.

 

"Les femmes que nous accueillons, au nombre de 250 par an environ, sont très fragiles : migrantes à 60%, souffrant d’un vécu traumatique presque toujours, elles donnent naissance à des enfants prématurés dans 10 % des cas et souffrant d’un syndrome de sevrage (alcoolique, tabagique ou autres toxiques) dans 20 % des cas", précise Anne de Truchis. "Or, un jour, lors d’une réunion de service, un professionnel a relevé le fossé entre les conseils donnés à la maternité et la réalité vécue par les mères à leur sortie", raconte Anne de Truchis.

 

Parmi les femmes concernées, en effet, certaines sont prises en charge par le Samu social, ce qui signifie une errance d’hôtel social en hôtel social avec leur nourrisson ; d’autres rejoignent un domicile insalubre ou surpeuplé. Or les règles de puériculture hospitalière y sont inapplicables : comment préparer un biberon sans eau potable à proximité ? Comment ne pas dormir avec son bébé lorsque la place manque ? Comment baigner son bébé dans une douche collective ? Comment introduire la diversification alimentaire lorsqu’on ne peut pas chauffer les aliments ?

 

Les mères en question sont d’ailleurs parfaitement conscientes de ce hiatus qui les culpabilise. "Car quels que soient leurs habitudes, leur culture ou leur savoir-faire, les mères, même carencées, isolées, déprimées ou malades, adoptent rapidement les règles de puériculture en usage, explique Anne de Truchis, soit qu’elles leur servent d’appui psychique, soit qu’elles n’aient pas le choix, soit qu’elles montrent ainsi leur désir d’intégration".

 

L’équipe de la pédiatre a donc élaboré un livret privilégiant l’image – pour tenir compte de l’illettrisme ou de l’analphabétisme de certaines de ses destinataires – et offrant "des outils pour bien faire". Ce support "pourrait servir d’accompagnement entre une puériculture “idéale” et la réalité d’un quotidien difficile", souligne Anne de Truchis. Il vise à "réduire l'angoisse de la sortie, diminuer le choc émotionnel lors du retour à domicile et valoriser les capacités d'adaptation de la mère". A terme, il pourrait aussi intéresser d’autres services hospitaliers, des services sociaux ou des associations accompagnant des femmes en grande précarité.