Lauréats 2019

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Victoria CHANTSEVA

Devenir "propre". Normes, usages et objets culturels d’un apprentissage de maîtrise du corps dans trois contextes (France, Norvège, Russie)

« Devenir "propre". Normes, usages et objets culturels d’un apprentissage de maîtrise du corps dans trois contextes » : tel est l’intitulé de la thèse en sciences de l’éducation de Victoria Chantseva (université Paris-13). La jeune chercheuse s’intéresse aux « pratiques éducatives » destinées à enseigner la propreté aux jeunes enfants – moins étudiées, par exemple, que celles relatives à l’alimentation, sans doute car elles relèvent d’une sphère de l’intime plus délicate à explorer.

Victoria Chantseva recourt à du matériel d’analyse abondant et divers : manuels de puériculture édités depuis les années 1920, albums jeunesse parus entre 1977 et 2017, observations dans les institutions d’accueil de jeunes enfants, entretiens avec des parents… Ces sources révèlent que la conception de la propreté a beaucoup évolué dans le temps ; ainsi, au début du 20e siècle, l’apprentissage était prescrit dès les premiers mois de vie, alors qu’au début du 21e siècle, il débute vers l’âge de 2/3 ans. Pour mieux comprendre la "construction historique" de ces pratiques éducatives, la thèse compare trois contextes nationaux bien différents : Russie, Norvège et France.

Le second volet de la thèse consiste en une comparaison culturelle, avec deux variables principales. Tout d’abord, l’exigence, ou non, de "la propreté de l’enfant" à 3 ans : sur ce point, la France se distingue des deux autres pays étudiés, avec l’entrée en maternelle – et la fin des couches obligatoire. Ensuite, la présence ou non de politiques publiques en faveur d’une répartition égalitaire des tâches entre hommes et femmes : sur ce plan, la Norvège, plus progressiste, s’oppose à une Russie plus traditionnaliste.

La thèse vise donc "à une meilleure compréhension des contraintes matérielles et symboliques qui pèsent sur les parents dans leurs pratiques de soin et d’éducation des jeunes enfants". Mais la chercheuse ne souhaite pas réduire l’apprentissage de la propreté à une construction sociale, insiste-t-elle, car les enfants résistent et les parents… n’ont d’autre choix que de composer !

Elsa NEUVILLE

Modes de garde collectifs pour les enfants de 0 à 3 ans : mobilisations, politiques publiques, pratiques (1968-1981)

Après une formation littéraire et un Master d’études sur le genre, Elsa Neuville prépare une thèse en sciences sociales intitulée « Modes de garde collectifs pour les enfants de 0 à 3 ans : mobilisations, politiques publiques, pratiques (1968-1981) » (Université Lyon-2).

La décennie – fondatrice – des années 1970 voit apparaître les crèches parentales et remettre en cause la prise en charge hygiéniste des enfants dans les crèches traditionnelles : deux legs essentiels pour les modes de garde actuels. D’où l’intérêt de la jeune chercheuse pour les « initiatives peu ou mal connues, les crèches dites "sauvages" et "parallèles" » : « Presque aucun travail historique n'a été réalisé sur ces projets innovants ».

La recherche porte ainsi sur une période encadrée par deux dates clé : création, en 1968, de la première crèche "sauvage" à la Sorbonne et première circulaire ministérielle, en 1981, qui appelle les préfets à soutenir les projets de crèches portés par des parents.

Elsa Neuville souhaite ainsi rendre compte du rôle des militants et des parents dans l’évolution des modes de garde. Un rôle qui intéressera aussi les professionnels de la petite enfance : dans les années 1970 se nouent de nouvelles relations avec les parents, faites de collaboration plutôt que d’exclusion mutuelle.

Plusieurs sources seront mobilisées aux fins de ce travail historique : entretiens avec des parents, militants et professionnels de la petite enfance ; archives publiques des administrations centrales et territoriales ; archives privées.

Anaïs OGRIZEK

La périnatalité en milieu carcéral : le lien mère-enfant

Interne en pédopsychiatrie de la région Antilles-Guyane, Anaïs Ogrizek réalise actuellement une thèse de psychologie consacrée à « la périnatalité en milieu carcéral : le lien mère-enfant » (Université Paris-5).

En mai 2016, en France, les femmes représentaient 3,3 % de la population carcérale, soit 2 308 femmes. Par ailleurs, entre 2010 et 2013, 30 à 35 naissances annuelles étaient recensées durant l’incarcération de la mère.

Or la grossesse constitue un moment de vulnérabilité psychique pour la mère. À cela s’ajoutent la précarité familiale, socio-économique, parfois culturelle de la mère incarcérée – avec des conséquences sur la difficulté de respecter les rites culturels liés à la grossesse, l’accouchement et les soins apportés au jeune enfant et ultérieurement, une possible fragilité des interactions précoces mère-bébé.

Les établissements pénitentiaires proposent des modalités différentes d’accompagnement des femmes enceintes puis des mères avec leurs enfants. Anaïs Ogrizek se propose donc d’étudier ces différentes initiatives pour « mettre en évidence celles qui, selon ces femmes, sont les plus aidantes dans la construction de leur lien à leur enfant ».

Les entretiens seront menés directement après des femmes dans les nurseries de plusieurs sites répartis sur tout le territoire, en compagnie le cas échéant d’un interprète. Une trentaine de femmes seront rencontrées, dont la moitié enceinte et la seconde moitié ayant déjà accouché.