Lauréats 2006

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Anne DELAVENNE

Mères-enfants : la musicalité, un "potentiel de création"

Née en 1982 à Saint-Germain-en-Laye (Yvelines), Anne Delavenne s’est spécialisée en psychologie cognitive et psychologie de la musique. La thèse qu’elle a débutée en 2006 porte sur un champ d’investigation nouveau : la musicalité. Formalisé à la fin des années 90, ce cadre théorique postule que tout être humain possède une capacité – la musicalité – qui est à la base de la communication courante comme de l’expression artistique. La musicalité rassemble les sons et les gestes à l’œuvre dans les relations interpersonnelles. Elle est très présente dans les interactions mère-bébé qui, faute de mots, reposent sur les émotions partagées. Par les rythmes et les intonations, les mères et leurs nourrissons peuvent entretenir de véritables proto-dialogues… Avec le temps, le corps – et donc les expressions gestuelles – occupent une part croissante dans leurs relations. L’essentiel, pour les mères, est de laisser se développer leur potentiel de création dans leurs rapports aux nouveau-nés : gazouillis, caresses, prosodies, expressions du visage... Ce potentiel, c’est toute la richesse à l’œuvre dans la musicalité. Mais les résultats de mon travail pourront aussi aider les professionnels de la périnatalité, comme les puéricultrices, à mieux comprendre les interactions mère-enfant.

Gwénaëlle JOET

Ecole : améliorer l’estime de soi

Née en 1977 à Villefranche-sur-Saône (Rhône), Gwénaëlle Joet effectue une thèse en sciences de l’éducation sur "l’estime de soi scolaire des enfants du primaire", et en particulier sur leur "sentiment d’auto-efficacité" : leur croyance en leur capacité à réaliser une tâche. Celle-ci peut être éloignée de leur performance réelle : un bon élève peut avoir le sentiment d’être incapable de réaliser certaines tâches scolaires. Cette approche de la réussite et de l’échec à l’école est bien étudiée aux Etats-Unis, mais assez peu en France. Il reste donc fort à faire. Dans le cadre de sa thèse, Gwénaëlle Joet doit soumettre des questionnaires comprenant 80 items à 460 élèves en français et en mathématiques, et ce à quatre reprises ! L’objectif est de mieux cerner les facteurs qui influencent le sentiment d’auto-efficacité : résultats scolaires, origine sociale, jugements des parents et des professeurs… "Entendre un enfant dire qu’il est nul, qu’il n’y arrivera jamais, est intolérable", explique la jeune chercheuse, "j’espère que ma thèse permettra d’améliorer la compréhension du sentiment d’auto-efficacité et donc d’encourager les pratiques enseignantes propres à en faciliter le développement".

Sylvie VIAUX-SAVELON

La surveillance prénatale : impact des faux-positifs de l’échographie fœtale sur les représentations maternelles et les interactions précoces

Née en 1974 à Boulogne (Hauts-de-Seine), Sylvie Viaux a commencé à réfléchir aux troubles des liens mère-enfant en post-partum à l’occasion d’un stage au Togo : "C’est dans ce pays d’Afrique que je les ai observés pour la première fois, sous la forme d’une incapacité de certaines mères à allaiter leur enfant, provoquant ainsi une dénutrition". Aujourd’hui, dans le cadre de sa thèse de doctorat, cette pédopsychiatre à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière met en relation les troubles des interactions entre la mère et son enfant, d’une part, et le suivi obstétrical des grossesses, d’autre part. Elle explique : "Dix à 15 % des femmes enceintes sans facteur de risque sont confrontées à une suspicion de malformation dans le cadre des échographies de dépistage prénatal, diagnostic non confirmé par la suite". Certes, reconnaît le jeune médecin, ces examens sont utiles puisqu’ils permettent la prise en charge précoce de certaines malformations. Mais ils sont aussi très anxiogènes. Or, "rien n’est entrepris sur le plan psychique pour accompagner ces femmes", constate Sylvie Viaux, "et nous savons désormais que l’anxiété ne se dissipe pas après l’accouchement, y compris si l’enfant est parfaitement sain". Le risque d’une malformation entraîne "une suspension de l’investissement affectif et relationnel de l’enfant par sa mère. Ce désinvestissement se poursuit au-delà de la grossesse", ajoute-t-elle. Au point que, dans les cas les plus graves, des mères doivent être suivies avec leur enfant en pédopsychiatrie. "On ne peut pas tout régler avec des anxiolytiques", s’inquiète Sylvie Viaux, "il faudrait donc faciliter le lien entre les équipes de soins en pré-natal et en post-natal". C’est précisément l’objectif qu’elle a fixé à son travail de recherche.