Entretien avec Clara ROLLET

Clara ROLLET

25 novembre, 2020

Sage-femme à la maternité Port-Royal (hôpital Cochin), à Paris, Clara Rollet consacre son Master 2 à la « sécurité des soins prodigués en maison de naissance : une étude comparative en population nationale ». Elle a reçu une Bourse de Recherche en Maïeutique de la Fondation Mustela en 2020. 

 

Quelle est la place des maisons de naissance en France, et en quoi notre pays diffère-t-il de ses voisins européens ? 

En France, les maisons de naissance – au nombre de huit – font l’objet d’une expérimentation depuis 2015. Le 23 octobre 2020, les députés ont voté en faveur de la pérennisation des maisons de naissance, avec le projet de créer 12 nouvelles structures dans les deux prochaines années. Aujourd’hui, elles concernent encore un nombre très restreint de femmes puisque, en 2018, moins de 0,1 % d’entre elles y ont accouché. Chez nos voisins européens, les maisons de naissance, d’instauration plus ancienne, font partie intégrante de l’offre périnatale de soins. Ainsi, au Royaume-Uni, 15 % des accouchements environ ont lieu dans les 169 maisons de naissance. Il y en a une centaine en Allemagne et 25 en Suisse. 

 

Qu’est-ce que « l’evidence-based public health decision » ? Pourquoi vous y référer ? 

L’analyse de la sécurité des soins prodigués en maisons de naissance s’inscrit dans cette logique : baser les décisions de santé publique sur des faits scientifiques prouvés. Mon étude devrait apporter des résultats scientifiques probants pour accompagner, éventuellement, les décisions de pérennisation des maisons de naissance. 

 

Comment procéderez-vous pour cette analyse rétrospective ? 

L’objectif général de l’étude est d’évaluer la sécurité des soins prodigués en maison de naissance en comparant les issues périnatales des femmes à bas risque obstétrical prises en charge en maison de naissance versus en maternité. Le critère de jugement principal sera défini par les issues périnatales défavorables : un indicateur composite qui tient compte à la fois des issues maternelles et néonatales défavorables, avec des analyses permettant de corriger les biais de comparabilité entre les deux groupes de femmes.

 

Quelles sont vos hypothèses ? 

Nos hypothèses sont surtout tirées des études internationales, assez nombreuses sur le sujet, et encourageantes : elles révèlent des soins moins iatrogènes et moins systématiques prodigués en MDN par rapport aux maternités, et donc associés à moins de césariennes et moins de risques de complications maternelles et néonatales secondaires. Mais comme elles sont réalisées dans des pays aux pratiques obstétricales différentes de la France (Royaume-Uni, Australie), qui favorisent les soins ambulatoires en obstétrique, il est difficile de savoir si leurs résultats sont transposables. Néanmoins, il est probable que nos analyses montrent également une diminution des interventions pendant le travail dans les maisons de naissance et ce, sans excès de risques associés pour la mère ou l’enfant. 

 

Quelles répercussions pratiques espérez-vous de cette recherche ? 

Nous espérons apporter des informations scientifiques supplémentaires, car il n’existe actuellement qu’une seule étude française sur le sujet. Et ce, alors que les maisons de naissance vont concerner de plus en plus de femmes dans les années à venir !

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